SAHAMBALA 28

Mission de novembre 2009

Une mission s'est rendue au dispensaire de Marotsiriry en novembre 2009.

Un seul médecin (Philippe) y participait. Il était accompagné de Madeleine et Naïla, infirmières, et de dentistes de l'association "Sourires d'enfants".

Le travail a été très intense, comme d'habitude, avec de nombreux malades, et les pathologies habituelles, avec cependant une moindre fréquence du paludisme, période sèche oblige.

Cependant, la morosité est de mise, devant l'accueil réservé à l'équipe par les Soeurs de la Sagesse. En effet, le logement fut plus que sommaire, avec insuffisamment de moustiquaires pour tout le monde, des matelas au sol, et des soeurs absentes des soins, laissant Philippe gérer seul les consultations et la pharmacie !

Il nous est difficile de travailler sereinement dans ces conditions, d'autant que notre présence est avant tout pour prodiguer des soins et un enseignement de l'hygiène aux populations locales.

L'appui du personnel du dispensaire est indispensable, et sa "désimplication" fait que notre avenir à Marotsiriry nous parait bien sombre !
Nous avons donc décidé de travailler sur Brickaville en mai 2010, où j'ai déjà effectué une mission en août 2009, et où le père Jean Jagu, cousin de notre dentiste Dominique accepte avec un grand plaisir de nous accueillir !
Nous souhaiterions établir à Brickaville un centre de soins spécialisés, avec quelques spécialistes (cardiologue, pédiatre, dermatologue, gynécologue), les généralistes tournant dans les centres de santé avoisinants au cours de missions de 2 à 3 jours pour soigner et adresser les patients à nos confrères spécialistes.
De plus, nous profiterions de notre mission pour échanger nos expériences
avec nos confrères malgaches.

Dr Pierre FOURNIER

Décembre 2009

Mission d'août 2009

Nous sommes retournés à Madagascar en août.

Le dispensaire privé de Marotsiriry ne pouvant nous accueillir, nous avons travaillé à l'hôpital public de Brickaville.

Brickaville (Ampasimanolotra) est situé sur la côte Est de Madagascar, à 100 kilomètres au sud de Tamatave, et doit son nom à Charles Bricka, chef des travaux publics à l’époque de la colonisation française.

La population, essentiellement jeune, s’établit aux environs de 30 000 personnes.  La fermeture de la distillerie, principale activité régionale, a plongé la ville dans une pauvreté accrue .

Nous y avons beaucoup travaillé, dans des conditions d'hygiène déplorables ! Il existe une indifférence profonde du personnel soignant : 4 jours ont été nécessaires pour obtenir le lavage de la table d'examen et du sol avec la Javel que nous avions amenée !

Aucune règle d'hygiène, aucune mesure de prévention ne sont appliquées !

Vous pourrez lire notre compte-rendu complet dans "Nos missions".

Ce séjour fut cependant l'occasion de rencontres extraordinaires :

  •  le dispensaire privé d'Imady, au Sud d'Antsirabe où le personnel est très impliqué dans une démarche de qualité, avec des objectifs de création d'une maternité et d'une clinique (!), et où l'hygiène règne en maître;
  • surtout, la rencontre d'un couple de malgaches installés en France depuis plusieurs dizaines d'années, et qui ont regard sans parti-pris identitaire sur leur pays natal.

Annick et Edmond sont universitaires, et s'investissent à Madagascar dans des projets ambitieux, non sanitaires; leur connaissance de la société malgache, leur expérience et leurs conseils nous seront très certainement d'un aide précieuse !

J'ai demandé à Edmond de bien vouloir collaborer à ce site et à notre blog, ce qu'il a accepté sans restriction. Qu'il en soit vivement remercié !

                                                                         Dr Pierre FOURNIER

                                                                         Septembre 2009



Retour de la mission de mai 2009

Notre mission de mai vient de se terminer.

La situation politique ne nous a posé aucun problème (un seul contrôle de papiers depuis Antananarivo, sur la piste, entre le village côtier de Mahanoro et le dispensaire de Marotsiriry), et à aucun moment, nous ne nous sommes sentis en insécurité, ou avons perçu une hostilité quelconque à notre encontre.

Economiquement, le pays souffre, mais il est difficile de juger si la crise mondiale a aggravé la misère déjà partout présente.

Quant à la situation sanitaire, elle est toujours aussi catastrophique ! 

Nous avons été confrontés à une épidémie de paludisme, mais également de dengue. Ces affections sont transmises par les moustiques.                                                        

A cela plusieurs hypothèses : outre le fait que ces maladies, et notamment le paludisme, sont à l’état endémique à Madagascar, l’absence de délivrance gratuite des moustiquaires par les centres de santé depuis maintenant deux années peut expliquer la recrudescence des cas de paludisme, et de sa forme dramatique, le neuropaludisme, qui fait des ravages chez les nourrissons et les enfants en bas âge.                                

En effet, l’état malgache ne peut plus financièrement assumer cette mission de prévention. Nous réfléchissons donc à différents financements nous permettant d’acheter des moustiquaires et de les distribuer dans les villages avoisinant notre dispensaire.

Nous avons du également composer avec la faible quantité de médicaments disponibles. Merci encore à Mme Bachelot et tous ses technocrates .                                  

J’ai obtenu, par l’intermédiaire des députés du département d'Eure et Loir, une réponse de Madame la Ministre de la Santé à mes interrogations sur les médicaments non utilisés.                                                                                                       

Ses affirmations sont à des années-lumière de ce que nous vivons au quotidien dans ce pays !     

Nous y reviendrons !                                                                                             

                                                                  

           Mai 2009

Dr Pierre FOURNIER

Président de SAHAMBALA 28

 

Billet d'humeur

Depuis le 1er janvier 2009, il est interdit de collecter et d'utiliser à des fins humanitaires les médicaments non utilisés. Ces derniers doivent être détruits par le circuit CYCLAMED.

Pour les associations humanitaires , il s'agit d'un coup très dur porté à leur action.

Pour les pauvres en détresse sanitaire, c'est un véritable drame qui se joue !

Les pays que nous aidons sont en "perfusion sanitaire" constante.

L'apport, par des associations humanitaires médicales comme la nôtre, de médicaments que nous récoltions et acheminions tout au long de l'année, avec des contrôles drastiques, permettait de soigner gratuitement au cours de nos consultations les nombreux défavorisés que nous examinions.

Comment traiter désormais les pathologies rencontrées ? Comment procéder aux extractions dentaires sans anesthésie ni antalgiques ?

D'un côté, on va détruire des quantités incroyables de médicaments non utilisés, et de l'autre, nous allons demander aux pouvoirs publics des subventions pour acheter les mêmes médicaments ! Ubu Roi !

Les petites associations devront donc consacrer une grande partie de leur budget à ces achats, et débourser bien plus que ce qu'elles recevront en argent public. Au final, ce sont les pauvres qui verront s'amenuiser leurs aides comme peau de chagrin !

Messieurs les technocrates, qui n'avez de la pauvreté que la vision "par le petit bout de la lorgnette", il est temps de faire preuve d'humanité et de modifier ces textes qui mettent en péril les missions de professionnels de santé dévoués aux plus démunis du monde entier !

                                                      Avril 2009

Dr Pierre FOURNIER

                                                                               Président de SAHAMBALA 28

COMPTE-RENDU DE LA MISSION A MAROTSIRIRY

MAI 2008

Le dispensaire de Marotsiriry se trouve à 300 kilomètres au Sud de Toamasina, sur la côte Est de Madagascar, le long du canal des Pangalanes.

Il est situé en brousse, à 18 kilomètres de Mahanoro, à l'intérieur des

Nous rejoignons ce dispensaire depuis Antananarivo par taxi brousse jusqu'à Mahanoro, puis par camion 4x4. Le trajet dure presque 12 heures, mais les derniers kilomètres de piste nous prendrons 1 heure 1/2.

L’objectif de notre mission était de développer 2 axes, médical et socio-sanitaire, la conjonction des 2 créant une entité : l’hygiène.

Nous devions nous appuyer :

  • pour le versant médical sur la traduction et l’expérience professionnelle de Sœur Joséphine, infirmière diplômée et responsable du CSB 1 de Marotsiriry (Centre de Santé de Base 1);

  • et pour le recueil des données socio-sanitaires sur nos constatations et l’aide des chefs de villages.

  •  

Si la partie médicale s’est déroulée sans problème, en revanche, l’exploration des villages environnants est restée très sommaire et l’exploitation des données recueillies ne pourra être qu’aléatoire.

En effet, l’absence de responsables de villages lors de notre séjour, les renseignements fournis très sujets à caution, et l’aspect chronophage des consultations ne nous ont pas permis de recueillir des éléments d’une fiabilité totale.

 

1. L’axe médical

   1.1 Les consultations médicales.

2 médecins généralistes ont effectué les consultations, aidés par sœur Joséphine qui traduisait et nous délivrait des conseils précieux liés à son expérience de terrain.

Nous avons assuré 373 consultations en 9 jours de travail effectif, réparties comme suit :

  • Adultes :          219                           

  • Enfants :          154

  • Femmes :          210

  • Hommes :          163

  •  

Les principales pathologies rencontrées s’énumèrent ainsi :

  • Parasitoses :               121

  • Infections respiratoires :  83

  • IST :                        21

Les remarques suivantes peuvent être effectuées :

  • Importance des affections respiratoires due à la période "froide" de l’année ;

  • Elles touchent en priorité les enfants de moins de 5 ans ;

  • Les parasitoses sont très probablement minorées, chaque recherche microscopique demandée s’étant avérée positive ;

  • Les poly-parasitoses sont excessivement fréquentes ;

  • La compétence de Sœur Florentine au laboratoire nous a permis de diagnostiquer de nombreuses parasitoses digestives, confirmant la prédominance de la bilharziose digestive à Schistosoma Mansoni;

  • L’utilisation du test de Diagnostic Rapide de Paludisme a aidé l’équipe dans ses décisions diagnostiques ;

  •  L’équipe s’est montrée déterminée et soudée.

 

1.2           La pharmacie.

Aucun problème ne s’est posé à l’équipe soignante concernant la pharmacie.

Les médicaments étaient présents en nombre lors de notre arrivée.

Annie, infirmière et Nathalie se sont engagées dans un rangement efficace, avec :

·        création de rayonnages accueillant les différentes classes médicamenteuses ;

·         lecture des péremptions et élimination des médicaments périmés ;

·        tri des médicaments inutiles pour envoi à l’hôpital

(Toamasina ? Vatomandry ?) ;

·        information permanente aux médecins sur la présence des médicaments prescrits, avec demande d’orientation vers des molécules similaires en cas de « pénurie ».

 

Certaines molécules ont manqué à l’équipe.

Une liste a été rédigée, et nous pensons pouvoir fournir le dispensaire au cours de l’année.

Dresser une liste mise à jour régulièrement par les Sœurs semble du domaine utopique, leur travail infirmier et leurs obligations religieuses ne leur laissant pas cette possibilité.

Il parait plus adéquat de fournir régulièrement le dispensaire en molécules indispensables (nos constatations vont principalement vers les antibiotiques et les antalgiques), et d’envoyer ponctuellement des médicaments de prescription plus anecdotique, mais utile.

Il serait également nécessaire de compléter les boîtes de façon à éviter leur stockage  avec seulement quelques comprimés à l’intérieur…

Nos "pharmaciennes"

1.3           Le matériel médical.

Nous avons été confrontés à quelques actes de petite chirurgie, ou de soins infirmiers élaborés.

Le matériel était en quantité suffisante, et en adéquation avec nos pratiques.

Cependant, il ne faut pas relâcher notre effort dans ces fournitures, de peur de voir s’installer une carence préjudiciable à la bonne qualité des soins.

1.4           Le laboratoire.

La présence de Sœur Florentine au laboratoire aura été d’une grande utilité.

Elle a mis en évidence de nombreuses parasitoses et IST permettant des  traitements adaptés.

Il est néanmoins nécessaire de l’approvisionner régulièrement en colorants et lames.

1.5   Les chirurgiens-dentistes

Le Dr Dominique JAGU participe depuis de nombreuses années à des missions humanitaires à MADAGASCAR.

Il prodigue des soins dentaires de première nécessité, et notamment des extractions dentaires. Il est aidé par son épouse, Catherine.

Lors de cette mission, Dominique aidé de Célestin a consulté 511 patients et extrait 1673 dents !

Certaines pathologies ont été détectées : ostéosarcome, tumeur du palais, fente palatine. De nombreuses infections sont mises en évidence, avec présence de kystes radiculaires.

Dominique Jagu

2. L’axe socio-sanitaire

Il représentait le deuxième versant de notre mission.

Cependant, il a été très difficile à l’équipe soignante de le réaliser comme souhaité.

A cela, plusieurs causes :

  • Pas de traducteurs disponibles ;

  • Manque de personnel pouvant se détacher du soin pour effectuer les recherches ;

  • Part trop importante du soin dans le temps de vie ;

  • Absence de chefs de village pouvant être le relais entre l’équipe soignante et le versant administratif des villages ;
  • Données très aléatoires de l’état civil des habitants des différents villages,  notamment du nombre de naissances et de décès, voire même des âges des enfants !

Cependant, nous avons pu récolter quelques informations qui permettent d’avoir une vision globale de la situation socio-sanitaire du secteur de Marotsiriry.

         2.1 : Rencontre avec le Médecin inspecteur.

Lors de cette rencontre, nous apprenons que :

  • Le secteur de Mahanoro compte 245 000 personnes ;

  • Il dispose de 5 médecins : 1 médecin inspecteur, 1 médecin du service d’urgence de l’hôpital de Mahanoro et 3 médecins de CSB 2 ;

  • A ces 5 médecins s’ajoutent 4 médecins généralistes installés à Mahanoro ;

  • Il n’existe pas de médecins spécialistes à Mahanoro ;

  • Un cabinet radiologique est actuellement en impossibilité de fonctionnement (manque de pièces) ;

  • Les consultations de spécialistes sont adressées à l’hôpital de Vatomandry où peuvent être effectués des actes chirurgicaux (lesquels ? compétences du chirurgien ?) ;

  • Des données sont collectées régulièrement sur les différents pathologies, notamment les parasitoses digestives, le paludisme, les affections respiratoires ;

  • Seuls 40% des CSB2 ont un médecin... ;

  • 60% des CSB1 n’ont pas de personnel qualifié ;

  • Presque 20% des CSB 1 ne dispose d’aucun personnel !

   2.2 : Rencontre avec le médecin du CSB 2 de Betsizaraina.

  • Notre consœur est en poste depuis 13 mois et pour une durée indéterminée ;

  • Elle effectue en moyenne 10 consultations quotidiennes ;

  • Elle ne semble pas pratiquer d’accouchements (rôle des matrones de village) ;

  • La dotation en pharmacie paraît très sommaire, mais notre consœur nous assure qu’elle n’a pas connu de rupture de stock ;

  • Elle consacre une grande partie de son activité à participer à des formations, et à élaborer des graphiques de surveillance épidémiologique (infections respiratoires, paludisme, diarrhée…) transmis ensuite au médecin inspecteur ;

  • Nous n’avons pas eu connaissance de missions humanitaires ayant travaillé au sein de ce CSB 2 ;

  • Elle souhaiterait une participation effective d’un médecin au CSB2 lors des futures missions.

   2.3 : Situation sanitaire du district.

Le CSB 1 de Marotsiriry et le CSB 2 de Betsizaraina représentent les deux seuls pôles médico-sanitaires du secteur.

Les demandes d’hospitalisation sont adressées à l’hôpital de Mahanoro, puis transférées à Vatomandry ou Toamasina.

Les patients se rendent à  Mahanoro au mieux par taxi brousse 4x4 du fait de la dégradation importante des 18 km de piste.

La liaison entre Mahanoro et Vatomandry est assurée ensuite par taxi-brousse.

Il est indéniable que les transferts vers les hôpitaux les plus proches relèvent du domaine de l’utopie, en regard des conditions socio-économiques des habitants du secteur.

Un énorme effort médico-social est cependant réalisé par les Sœurs, et le CSB 1 de Marotsiriry jouit d’une excellente réputation.

2.4 : Environnement socio-sanitaire.

Les parasitoses représentent un véritable fléau. Ce sont les pathologies les plus importantes diagnostiquées et traitées.

Plusieurs éléments contribuent à cette endémie :

  • Le faible niveau socio-économique ;

  • L’absence d’éducation élémentaire de l’hygiène ;

  • L’absence de point d’eau salubre ;

  • Le péril fécal ;

La prévention systématisée encore trop insuffisante.

      Notre visite dans le village d’Ambodivolobe (le long du fleuve Mangoro) en est l’illustration parfaite :

    • Village mal entretenu ;

    • Enfants jouant dans l’eau stagnante ;

    • Habitants sales (la misère n’entre pas ici en ligne de compte, mais seulement l’absence d’hygiène, ou d’éducation) ;

    • Absence de point d’eau salubre, l’eau étant puisée en bas du village, point d’eau dans lequel nous avons vu également des enfants jouer ;

    • Une latrine commune en état de fonctionnement (constatation de visu…) mais d’accès malaisé et sans entretien ;

    • Lavage des éléments de cuisine et jeux des enfants sur les berges du fleuve où la vitesse de l’eau est faible ;

    • Péril fécal présent partout !

       2.5 Environnement économique.

    Actuellement, la récolte de riz permet une stabilisation des cours (1 000 Aryary le kg).

    Il ne semble pas exister de famine, mais la malnutrition est toujours aussi présente, touchant principalement les enfants de plus de 24 mois.

    Lors de la journée de vaccination, nous avons constaté que seulement 12 enfants sur 80 avant 2 ans présentaient un retard pondéral.

       3. Perspectives et projets des futures missions

       3.1 Modélisation d’un village.

    Une idée très intéressante a été émise par Célestin, dentiste exerçant à Toamasina et qui accompagne nos équipes lors de leur venue. Elle consisterait à sélectionner un village, à le « modéliser » par une éducation rigoureuse des règles d’hygiène de base, le but étant de convaincre les autres villages du bien fondé de ce projet avec  une diminution des parasitoses et des maladies liées au péril fécal et au manque d’hygiène.

    Certes, cette action doit s’inscrire dans la durée, les résultats attendus ne seront pas immédiats, mais l’hygiène décente de nos pays occidentaux n’est-elle pas, elle aussi, relativement jeune ?

             3.2 Soins et éducation.

    Il est impossible à l’équipe soignante de prodiguer des soins tout en consacrant une partie de son temps à l’éducation de l’hygiène. En effet, cette dernière nécessite des déplacements dans les villages, avec l’aide de traducteurs, une présence durable et renouvelée, véritable travail de fourmi difficilement réalisable en même temps que la dispensation des soins.

    Cependant, elle est indispensable et véritablement complémentaire de l’action médicale.

    Elle ne nécessite pas forcément des compétences médicales, mais surtout un pouvoir de persuasion et une grande patience !....

    Il est indéniable que cette mission est une réussite :

    • Sur le plan médical, nous avons rencontré des pathologies différentes de celles des missions précédentes;

    • Sur le plan relationnel, elle a permis au groupe de se souder et d’apprécier nos différences, tout en respectant les convictions et les choix de chacun ;

    • Sur le plan humain, elle fut d’une grande richesse, notamment pour les membres « novices » ;

    • Des énergies nouvelles se sont révélées devant l’immense tâche à accomplir !

    Je ne peux que souhaiter que ces missions se pérennisent et que ce formidable élan ne se démente jamais !

                                                                                                 Dr Pierre Fournier

                                                                                                  Mai 2008

    COMPTE-RENDU DE LA MISSION A MAROTSIRIRY

    MAI 2009




    Notre mission s’est déroulée du 1er au 18 mai 2009.

    1. Le voyage
    Depuis l’année dernière, nous travaillons au dispensaire privé de Marotsiriry.
    Marotsiriry se trouve en brousse, à une vingtaine de kilomètres de Mahanoro, village de la côte Est de Madagascar.
    Mahanoro se situe lui-même à presque 300 kilomètres au sud de Tamatave, deuxième ville de Madagascar, et grand port ouvert sur l’océan Indien.
    Rejoindre Marotsiriry n’est pas chose aisée ; certes, la route est correctement asphaltée, et les tronçons de piste ont disparu, du moins jusqu’à Mahanoro, mais la route est très longue !
    Nous prenons le taxi-brousse à Antananarivo (Tananarive), capitale de Madagascar, située sur l’épine dorsale de l’île. Le trajet dure alors une journée entière, et enchaîne une succession de virages quasiment jusqu’à Mahanoro ! Cumulé aux dix heures d’avion, l’arrivée au dispensaire est salvatrice pour toute l’équipe.

    2. La sécurité
    A aucun moment, nous ne nous sommes sentis en insécurité.
    Les troubles politiques récents qui ont affecté Madagascar nous avaient amenés à repenser notre voyage. Il s’est avéré sans danger.
    Nous n’avons fait face qu’à un seul contrôle de l’armée, routinier et plutôt bon enfant, sur la piste reliant Mahanoro à Marotsiriry.

    3. L’environnement médical


    Le dispensaire de Marotsiriry est un centre de santé de base 1, niveau le plus bas de la hiérarchie sanitaire.
    Sa permanence est assurée par deux infirmières, aidées par du personnel local,

    « luxe » que ne possède pas de nombreux centre de base 1 !...
    C’est un dispensaire privé, appartenant à la congrégation des Filles de la Sagesse, ordre religieux né en France sur la côte atlantique.
    A proximité du CSB 1 se trouve un centre de santé de base 2 (CSB 2), qui est dirigé par une sage-femme. L’année dernière, nous y avions rencontré une femme médecin qui a été mutée depuis.
    Le rôle du CSB 1 est la dispensation des soins, la réalisation des campagnes de vaccinations, de prévention des maladies parasitaires (bilharziose), et la délivrance de moustiquaires (arrêtée depuis deux ans, par manque de moyens publics).

    4. Le groupe
    Cette année, notre groupe était composé d’une infirmière, Annie Jolly, d’une manipulatrice en radiothérapie, Lucie Jubin, d’une assistante dentaire, Nathalie Faugeras, d’un chirurgien-dentiste, Dominique Jagu, et des deux médecins fondateurs de SAHAMBALA 28, Jean Tibout et Pierre Fournier.
    A ce groupe s’est joint, comme tous les ans, un chirurgien-dentiste malgache de Tamatave, Célestin.
    Il s’agissait, pour Lucie et Nathalie, de leur première expérience humanitaire.

    5. Les médicaments
    Pièce maîtresse dans notre rôle de dispensation des soins, l’approvisionnement en médicaments a été largement freiné par la loi (ridicule…) sur les médicaments non utilisés entrée en application en janvier 2009.
    Cette loi, censée protéger les populations des pays défavorisés, et s’appuyant sur des rapports de l’Organisation Mondiale de la Santé et de la Direction Générale des Affaires Sociales, est un véritable salmigondis technocratique où les professionnels de santé sont mis au même niveau que des humanitaires sans aucune connaissance médicale ! Il serait temps que l’on cesse de légiférer pour tout et pour rien, et qu’encore une fois, la grande majorité ne soit pas pénalisée par les déviances d’une très petite minorité !
    Nous avons cependant pu emmener avec nous des échantillons médicaux recueillis auprès de nos partenaires de l’industrie pharmaceutique, mais hélas, en quantité insuffisante pour notre exercice.

    6. Les consultations

     Les médecins ont assuré pratiquement 600 consultations et urgences en 9 jours.
    La traduction était assurée par le personnel du dispensaire. Notre vocabulaire médical malgache s’étoffe au fil des ans, et nous pouvons poser quelques questions simples qui facilitent nos consultations.
    Les dentistes ont extrait 1500 dents.
    Les infirmières, Annie et Lucie, ont pratiqué de nombreux actes de soins cutanés, de perfusion et nous ont efficacement assistés lors de nos consultations.

    7. Les pathologies
    Nous avons été confrontés cette année à deux épidémies particulièrement sévères :
    • Le paludisme
    • Et la dengue.
    Le travail immense qui en a découlé nous a empêché de mettre en œuvre notre désir de rencontrer le médecin régional responsable du programme SIDA, et les matrones des villages avoisinants, pour mettre en place un protocole « surveillance de fièvre » qui alerterait et éviterait les consultations trop tardives d’enfants présentant un neuropaludisme rapidement mortel.

    Le paludisme a représenté plus de 10% de nos consultations.
    Nous avons été confrontés à 2 cas de neuropaludisme mortel chez des enfants en bas âge.
    La dengue a représenté la seconde épidémie importante lors de notre mission, plutôt présente la deuxième semaine.
    Enfin, de nombreuses parasitoses, et notamment la bilharziose intestinale à Schistosoma Mansoni, récurrente à Marotsiriry du fait des conditions d’hygiène déficitaires et de la présence du mollusque hôte intermédiaire dans le fleuve Mangoro, ont été diagnostiquées, et confirmées par l’examen microscopique.
    Parallèlement, nous avons rencontré des pathologies à des stades avancés (tumeurs abdominales, insuffisances cardiaque ou hépatique, cataractes, anémies profondes), les classiques affections tropicales (dermatoses diverses, infections sexuellement transmissibles), ainsi que des pathologies plus habituelles pour notre pratique occidentale (asthme, épilepsie, hypertension artérielle, infections respiratoires aiguës, traumatologie…).

    8. La formation du personnel
    Les consultations ont été le moment privilégié pour la formation du personnel au diagnostic et à la thérapeutique adéquate. Mais elles ont également enrichi notre connaissance par la compétence du personnel soignant, notamment lors des diagnostics microscopiques.


    Nous avons été agréablement surpris de constater que la règle du lavage des mains des patients avant la consultation était appliquée dès notre arrivée (bassines d’eau et savon à disposition à l’entrée du dispensaire). Qu’elle se pérennise et nous aurons gravi une (petite) marche vers l’hygiène…

    9. La pharmacie
    De nombreux médicaments nous ont fait défaut.
    La pharmacie était peu garnie lors de notre arrivée, et les échantillons médicaux que nous avions apportés ont à peine suffi à notre exercice.
    Encore une fois, l’absence d’approvisionnement, que nous effectuions régulièrement avant le 1er janvier 2009 a causé un préjudice indéniable à la dispensation des médicaments lors de nos consultations.
    Souhaitons qu’à l’avenir nous puissions œuvrer différemment en nous procurant gratuitement les échantillons médicaux auprès de l’industrie pharmaceutique, et non pas en demandant des subventions publiques pour les acheter à des coopératives comme le préconisent nos chers technocrates !

    10. Les objectifs de soins
    Plusieurs objectifs de soins nous sont apparus, favorisés par la répétition de nos missions.
    • La connaissance plus nette des « correspondants » spécialistes pour des pathologies lourdes (chirurgie, cardiologie, radiologie…) . La visite de l’hôpital rural de Mahanoro nous a confirmé l’absence de structure sanitaire spécialisée près de notre dispensaire. Les patients doivent donc être transférés vers l’hôpital de Vatomandry (100 kilomètres) ou vers le centre hospitalier universitaire de Tamatave (300 kilomètres).Ces transferts représentent un véritable écueil financier pour la majorité des patients (frais de transport, d’hospitalisation et d’hébergement). Quant aux qualifications des médecins intervenant dans ces structures, notamment à Vatomandry, elles nous sont inconnues.
    • La possibilité de tests de diagnostics plus élaborés
    Certaines pathologies ont attiré notre attention, et auraient mérité des outils diagnostics plus élaborés (tumeurs, suspicion de VIH…). Il pourrait être intéressant de disposer de tests SIDA, de pouvoir pratiquer des actes biologiques plus élaborés, d’affiner nos diagnostics avec un échographe portable…Ceci, bien sur, dans l’hypothèse d’une prise en charge ultérieure efficace…

    11. Les objectifs de santé publique
    • Les épidémies de paludisme et de dengue ont mis en évidence le rôle majeur de…l’absence de moustiquaires ! En effet, la faillite financière actuelle empêche la dispensation gratuite, depuis deux ans, de moustiquaires dans les villages, par l’intermédiaire des CSB 1.
    Cette mesure préventive est absolument nécessaire dans la prévention des affections transmises par les moustiques.
    Nous ne pouvons pallier la carence publique mais nous réfléchissons aux moyens possibles pour fournir les villages avoisinants en moustiquaires.
    • La parasitose intestinale est à l’état endémique à Marotsiriry. La bilharziose a représenté près de 10% de nos consultations, et l’on sait qu’elle est responsable d’anémie et de troubles nutritionnels notamment chez l’enfant. Ces parasitoses sont l’apanage du manque d’hygiène et du péril fécal.
    Inculquer des notions élémentaires d’hygiène et de lavage des mains, de recueil d’eau propre et de son utilisation pour la toilette, la boisson et la vaisselle permettrait de limiter ces pathologies.
    Installer des latrines dans les villages à l’écart des cases, des eaux stagnantes et des cultures parait indispensable. Encore faut-il surmonter les réticences culturelles….
    • Enfin, l’existence d’infections sexuellement transmissibles nous incite à proposer le préservatif mais son utilisation, déjà problématique en Occident, parait pour l’instant illusoire à Madagascar !...



    Cette mission médicale reste très positive, malgré les nombreuses difficultés que nous rencontrons.
    Elle est cependant insuffisante, malgré l’amélioration constante de nos compétences par l’expérience.
    Elle nous oblige à réfléchir à la pérennité de nos actions, et à les inclure dans une assistance sanitaire ciblée et efficace.


                                                                                              
                                                                                               Dr Tibout Jean
                                                                                               Dr Fournier Pierre
                                                                                               Juin 2009